Mot du président | Notre affiliation à l’AFM : un modèle à réinventer?

Mot du président extrait de la revue Entracte Automne/Hiver 2012-2013

 

Notre affiliation à l’AFM : un modèle à réinventer?           

 

Déjà, à l’automne 2010, nous avions soulevé dans Entracte plusieurs enjeux liés à notre affiliation à l’American Federation of Musicians (AFM) dans le contexte spécifique du Québec depuis la mise en vigueur de la Loi sur le statut de l’artiste. L’année suivante, l’amélioration de nos conditions d’affiliation faisait partie des questions abordées dans notre Plan stratégique, adopté par le conseil d’administration après une consultation de nos membres menée à Montréal et à Québec en juin 2011. Notre affiliation à l’AFM remonte à 1897 et constitue un jalon important de notre histoire et de la promotion de nos droits. Cela étant dit, nous souhaitons maintenant que cette affiliation réponde mieux à nos besoins et nous aide à mieux remplir nos obligations envers nos membres. Or, il faut constater que le coût élevé de cette affiliation en regard des services reçus et du modèle actuel de gouvernance de l’AFM ont pour effet d’entraver notre développement et de priver potentiellement nos membres de services adaptés à la réalité québécoise.

 

Le Québec : une réalité différente

Pour mieux décrire la situation, il faut d’abord rappeler que la GMMQ vit une réalité bien différente des autres associations de musiciens d’Amérique du Nord : notre encadrement juridique unique (Loi sur le statut de l’artiste) fait de nous – et non de l’AFM – l’agent négociateur exclusif des musiciens québécois; nous évoluons dans un contexte de vitalité culturelle exceptionnelle où des milliers de spectacles sont subventionnés par l’État; nous devons négocier des ententes collectives avec plusieurs associations de producteurs; nous vivons dans une province où le français est la langue officielle, ce qui nous impose certaines obligations; nous couvrons un territoire particulièrement grand où nous devons maintenir deux bureaux (Montréal et Québec); nous sommes tenus par la loi de négocier de bonne foi avec des producteurs qui, eux, peuvent nous forcer à négocier des tarifs autres que ceux prévus dans nos normes minimales; nous avons des besoins distincts sur le plan du lobbying auprès de nombreux organismes issus des modèles québécois et canadien. Ce cadre unique exige des ressources locales exceptionnelles, et les services de l’AFM, centralisés à Toronto et à New York, ne peuvent remplir ce rôle.

 

L’histoire récente montre que l’AFM éprouve de plus en plus de difficultés à nous aider à répondre à ces besoins spécifiques. Nous considérons qu’en retour des 280 000 $ (près de 20 % de notre budget) versés chaque année à la fédération par l’entremise des cotisations des membres, nous ne recevons pas des services adaptés à notre réalité. Rappelons que la GMMQ n’exerce aucun contrôle sur la gestion de cette somme, qui relève entièrement du Bureau de direction central de l’AFM.

 

L’équipe de l’AFM, dont le siège est à New York et le bureau canadien à Toronto, est responsable de l’émission des visas de travail aux États-Unis pour les musiciens québécois. Elle dépêche un représentant de ses Services symphoniques pour le Québec et l’Est du Canada, qui travaille au sein de notre siège social. L’AFM soutient aussi la négociation des ententes avec l’Office national du film du Canada et CBC/Radio-Canada. Évidemment, l’AFM voit à l’organisation de la solidarité et de la collaboration des deux côtés de la frontière (congrès, instances, etc.). Pour ce qui est de la Caisse de retraite des musiciens du Canada, il s’agit d’une entité autonome, indépendante de l’AFM, financée par les employeurs canadiens et gérée par son propre conseil de fiduciaires. 

 

Une nouvelle proposition de partenariat

En juin 2011, dans la foulée du Plan stratégique, le conseil d’administration avait déposé par écrit une proposition aux autorités de l’AFM. Nous sommes allés rencontrer le conseil exécutif de l’AFM pour lui faire une présentation détaillée. Résumons notre proposition : la GMMQ ne serait plus une section locale de l’AFM, mais elle y serait affiliée à titre d’organisation syndicale distincte. Elle conserverait donc son autonomie et aurait ses propres règlements. Il s’agit d’une possibilité qui est évoquée dans le Règlement intérieur de l’AFM (article 4, section 11). Cette affiliation – ou partenariat – permettrait de préserver les avantages de l’émission de visas de travail (P-2) de chaque côté de la frontière et de maintenir les conditions de travail négociées dans les accords portant sur les médias électroniques. Tous les services de négociation (embauche du conseiller, ententes avec l’ONF et Radio-Canada, etc.) seraient dorénavant assumés par la GMMQ à même ses budgets. Le coût de l’affiliation passerait de 58 $ à 12 $ par année par membre, ce qui est le tarif d’affiliation avec une centrale américaine comme l’AFL-CIO, par exemple. De plus, la GMMQ continuerait de verser des cotisations d’exercice découlant des ententes AFM couvrant les médias électroniques. Cette nouvelle tarification générerait tout de même des économies estimées à environ 180 000 $ par année.

 

Jusqu’à maintenant, l’AFM refuse cette proposition, que nous jugeons pourtant raisonnable et parfaitement adaptée à la situation spécifique du Québec, seul territoire d’Amérique du Nord doté d’une législation qui reconnaît pleinement le statut de l’artiste et accorde des pouvoirs exclusifs de négocier aux associations d’artistes. Nous avons été prévenus cet été que les autorités de l’AFM pourraient nous proposer des changements en matière d’organisation de services, toutefois, au moment d’écrire ces lignes, rien ne s’est concrétisé. 

 

Nous voulons toujours maintenir un partenariat fructueux avec l’AFM et avec l’ensemble de nos collègues canadiens et américains, mais nous pensons que notre proposition est la meilleure solution pour nos membres. Elle exprime une volonté ferme de leur offrir des services bonifiés et de mieux remplir notre mission. La marge de manœuvre financière qu’elle nous accorde nous permettrait d’envisager l’embauche de nouveaux conseillers et négociateurs, d’assurer une meilleure présence sur le territoire québécois, d’accroître nos activités sur le terrain, de recruter plus de membres et même, à moyen terme, de mettre en place de nouveaux services (formation, assurance collective, etc.). Bref, notre objectif fondamental demeure de mieux remplir notre mission de défense et de promotion des intérêts des musiciens et musiciennes du Québec.

 

Ce sujet sera à l’ordre du jour de l’assemblée générale du 27 novembre. C’est ensemble que nous discuterons des meilleurs moyens de promouvoir nos droits dans le cadre de l’affiliation avec l’AFM et des priorités en matière d’amélioration de services. Ces discussions nous permettront de mieux faire valoir vos préoccupations pendant la période qui nous mène au prochain congrès de l’AFM, en juillet 2013.

 

Luc Fortin

 

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